Question 3

Où va l’argent ?

En 2025, l’État, la Sécurité sociale et les collectivités ont dépensé 1 714 milliards d’euros, soit 57,2 % de ce que le pays a produit dans l’année. C’est l’un des chiffres les plus élevés au monde. Avant de dire s’il est trop élevé, il faut savoir ce qu’il contient : ce qui est reversé et ce qui est produit, qui paie et qui reçoit, et pourquoi il dépasse celui des voisins.

Poste par poste

Le ticket de caisse de 100 € de dépenses publiques

Sur 100 € de dépenses publiques en 2024, voici où va l’argent, et quelle part a été empruntée. Touchez une ligne pour le détail.

Les retraites et la santé représentent à elles seules 39,07 € sur 100. Les intérêts de la dette (3,52 €) pèsent déjà plus que la défense (3,24 €).

Dépenses publiques

France · 2024 · pour 100 €


Protection sociale41,46 €

Retraites, maladie et invalidité, familles, chômage, aides au logement, lutte contre la pauvreté. Environ 693 milliards d’euros en 2024.

dont vieillesse (surtout les retraites)23,45 €

Santé15,62 €

Hôpitaux, consultations, médicaments remboursés. Environ 261 milliards d’euros en 2024.

Services publics généraux10,83 €

Fonctionnement des institutions, aide au développement, intérêts de la dette. Environ 181 milliards d’euros en 2024.

dont intérêts de la dette3,52 €

Affaires économiques9,93 €

Transports, énergie, agriculture, aides aux entreprises et à l’emploi. Environ 166 milliards d’euros en 2024.

Éducation8,89 €

Écoles, collèges, lycées, universités. Environ 149 milliards d’euros en 2024.

Défense3,24 €

Armées et équipements militaires. Environ 54 milliards d’euros en 2024.

Ordre et sécurité publics3,12 €

Police, gendarmerie, justice, prisons, pompiers. Environ 52 milliards d’euros en 2024.

Loisirs, culture et cultes2,58 €

Sport, culture, médias publics. Environ 43 milliards d’euros en 2024.

Logement et équipements collectifs2,52 €

Logement, eau potable, éclairage public, aménagement. Environ 42 milliards d’euros en 2024.

Environnement1,81 €

Déchets, eaux usées, lutte contre la pollution, biodiversité. Environ 30 milliards d’euros en 2024.


Total100,00 €

Payé par les recettes (impôts, cotisations…)89,89 €

Emprunté10,11 €

Reversé ou produit ?

Sur 57 points de PIB, 26 sont reversés aux ménages

Dépenser ne veut pas toujours dire consommer. Une pension, une allocation ou un remboursement de soins est de l’argent collecté puis rendu à un ménage, qui le dépense lui-même. Les comptes nationaux distinguent cet argent reversé de l’argent qui sert à produire des services, écoles, hôpitaux, police, routes, c’est-à-dire des salaires, des achats et des investissements.

  • 26points de PIBReversé aux ménagespensions, allocations, remboursements de soins
  • 22points de PIBProduit par les administrationssalaires, achats, investissements
  • 9points de PIBLe resteintérêts, subventions, autres transferts

Les 22 points « produits » sont ce que les administrations font elles-mêmes : 12,4 points de salaires, 5,4 d’achats, 4,4 d’investissement. C’est la part qui ressemble à ce qu’on appelle « le service public ». Le reste comprend 2,2 points d’intérêts sur la dette et 1,9 de subventions aux entreprises.

Source : Eurostat, dépenses des administrations publiques par nature économique, 2025.

Depuis quand ?

De 36 % du PIB en 1960 à 57 % en 2025

La hausse s’est faite en deux temps : 12 points entre 1960 et 1980, avec la généralisation des retraites et de l’assurance maladie, puis 11 points jusqu’au pic de 2013. Depuis, la dépense oscille autour de 55 %, avec un sommet à 62 % en 2020. Les recettes ont suivi la même pente, un peu en dessous : l’écart entre les deux courbes est le déficit.

% du PIB
30405060
19601970198019902000201020202025
  • Dépenses publiques
  • Recettes publiques

Source : INSEE, comptes nationaux, base 2020. 2025 provisoire.

Qui paie, qui reçoit

Les cotisations d’un côté, les retraites de l’autre

Les cotisations sociales, prélevées sur les salaires, sont la première ressource publique. La retraite est, de loin, la première dépense. Les personnes en emploi financent, les retraités reçoivent : ce n’est pas une anomalie, c’est le principe de la répartition. C’est aussi pourquoi, à trente-cinq ans, on peut avoir le sentiment de beaucoup payer et de peu recevoir. Ce que l’on reçoit vient plus tard.

D’où vient l’argent (2024)
  • Cotisations sociales16,5
  • Impôts sur la production et la consommation (TVA…)15,5
  • Impôts sur le revenu et le patrimoine12,5
  • Autres recettes7,0

points de PIB

Où va la protection sociale (2024)
  • Retraites13,4
  • Maladie, invalidité2,9
  • Famille2,3
  • Chômage1,7
  • Réversion1,4
  • Lutte contre l’exclusion1,2
  • Logement0,7

points de PIB

La santé (8,9 % du PIB) est comptée à part dans les comptes par fonction ; elle va elle aussi, pour l’essentiel, aux plus âgés.

Source : Eurostat, recettes par type de prélèvement et dépenses par fonction (COFOG).

Et les voisins ?

Plus que les voisins, surtout parce que tout passe par le public

Aux Pays-Bas, l’assurance maladie est privée mais obligatoire. Aux États-Unis, elle passe par l’employeur. Dans les deux cas, l’argent ne figure pas dans les comptes publics. L’OCDE recalcule ce que chaque pays consacre au social une fois comptés les régimes privés et les impôts repris sur les prestations : l’écart avec la France se resserre beaucoup.

Dépenses sociales publiquesUne fois le privé et les impôts comptés
France30,7 %30,1 %
Italie27,7 %24,4 %
Allemagne25,6 %25,4 %
Suède25,1 %23,4 %
Espagne24,6 %23,2 %
Moyenne OCDE20,1 %20,2 %
Royaume-Uni19,3 %23,2 %
États-Unis18,5 %29,8 %
Pays-Bas16,3 %25,3 %
Suisse16,1 %24,1 %

% du PIB, 2019. Source : OCDE, Society at a Glance 2024, base SOCX.

Retraites publiques, 2024

La France consacre 13,4 % du PIB aux retraites publiques, contre 9,9 % en Allemagne, 6,1 % aux Pays-Bas et 10,7 % en moyenne dans l’Union. Trois choix l’expliquent : un système presque entièrement public, un âge de départ plus bas, un niveau de pension plus élevé par rapport au dernier salaire. Chacun peut se discuter ; aucun n’est de la mauvaise gestion.

  • Italie13,9
  • France13,4
  • Suède11,0
  • Espagne10,4
  • Allemagne9,9
  • Pays-Bas6,1
  • Moyenne UE10,7

% du PIB

Est-ce bien dépensé ?

Ce que les comparaisons disent, et ce qu’elles ne disent pas

La question se pose poste par poste, et les deux plus gros, retraites et santé, sont des choix de société avant d’être des questions de gestion. Pour le reste, voici ce que les chiffres permettent de dire.

Les salaires publics pèsent plus qu’ailleurs

12,4 % du PIB en 2025, contre 8,6 % en Allemagne, 9,0 % en Italie et 10,3 % en moyenne dans l’Union ; seule la Suède est au même niveau (12,5 %). Cela mesure le nombre d’agents et ce qu’ils coûtent, pas ce qu’ils produisent : la France compte dans ce chiffre ses hôpitaux et ses enseignants, que d’autres pays emploient autrement.

L’éducation coûte à peu près comme chez les voisins

5,1 % du PIB, contre 4,5 % en Allemagne, 5,1 % aux Pays-Bas et 4,7 % dans l’Union. La différence ne se voit pas dans le montant ; elle se jouerait dans la répartition entre primaire, secondaire et supérieur, et dans les résultats, que ce site ne mesure pas.

Quatre niveaux de collectivités se partagent le terrain

34 875 communes, 1 254 intercommunalités, 101 départements et 18 régions au 1er janvier 2025, chacun avec son administration et des compétences qui se recoupent. La Cour des comptes y revient chaque année dans son rapport sur les finances locales.

Ce que personne ne sait mesurer simplement

La qualité. Un euro de plus ou de moins dans une école ou un commissariat ne se lit pas dans les comptes nationaux. Les comparaisons de dépense disent combien ; elles ne disent pas comment bien.

Pour aller plus loin

Ce site ne tranche pas. Il note que « trop de dépense » et « mal dépensé » sont deux reproches différents, que le premier porte surtout sur des choix collectifs et le second sur une part plus petite du total, et que les chiffres ci-dessus permettent de poser l’un et l’autre sans les confondre.